Le débat est émotif et je trouve ça dommage, parce qu’on pourrait en profiter pour jaser des vraies affaires. Il est émotif parce qu’il implique de gros et fiers égos, des passionnés et des gens qui risquent de perdre leur job. Qui dit émotion dit souvent mélange des genres, je trouve que ça appauvri le débat cachant les points intéressants de tous les côtés.
D’abord la tristesse de ce remake de la chanson de Joe Dassin par les journalistes de La Presse, tristesse parce que l’on sent leur angoisse, mais aussi parce que les photos m’apparaissent hautement irréelles, signe d’un temps révolu. Une si grande salle de rédaction? Autant de ressources pour produire ça? Ça coûterait quoi faire 40 blogues de contenus intéressants? Même avec une version papier? C’est irréel. Dans un marché « vierge », ça ne coûterait jamais ça d’ouvrir un nouveau quotidien. Malheureusement, le marché n’est pas vierge, il étouffe.
Mais voir les journalistes si attachés à la forme traditionnelle, c’est ça qui est triste. Parce que c’est évident que le futur, ce sont des médias plus petits, plus flexibles, plus aptes à susciter l’attachement du public. Comme si on les regardait s’enfoncer dans le sable mouvant. Je ne sais trop si je dois naïvement me porter à leur secours ou leur dire, par solidarité, que je suis avec eux, sans y être. Et pourtant, j’ai tellement de respect pour leur travail qui me fascine. C’est ça que je trouve triste.
Il y a quelque chose de réjouissante dans RueFrontenac. Parce que le journaliste/entrepreneur, oui, tout à fait. Il ne manque que la structure de revenu. Il y a des pionniers, qui chacun à leur façon, souvent imparfaite, le soutiennent ce modèle (Branchez-vous reste un exemple dans ce domaine!). Faudrait y mettre de l’énergie. Y’a bien quelqu’un qui a inventé les petites annonces dans le journal papier?
De créer un débat entre « blogueurs » et « journalistes », ce n’est pas plus intéressant. Ils n’y a pas de différence entre les deux quant à moi, c’est attirer l’attention sur un faux problème. Et même s’il y avait une différence, ils ont trop de choses en commun pour débattre au lieu de construire. Encore de l’énergie gaspillée.
Bref, ce qui m’énerve et m’excite, c’est de voir des énergies se gaspiller en émotions et en débats, alors qu’il y aurait tellement de choses à faire et de talents disponibles pour réinventer le genre…
(prochains billets: Le nouveau Devoir, la taxe tv, et radio-canada…)
Carl, heureusement que le débat est émotif. Si tout le monde s’en sacrait, c’est là que ça serait vraiment inquiétant.
Mais c’est vrai qu’il y a du mélange des genres, dans le débat, en particulier en ce qui a trait à l’avenir de certains médias, vs la crise de l’information. La réflexion du journaliste de The Economist, dans le devoir de samedi dernier (http://www.ledevoir.com/societe/medias/277197/l-information-ne-s-est-jamais-mieux-portee) était très pertinente, à ce propos. Il n’y a pas vraiment de crise de l’information, plutôt une redéfinition radicale des modèles.
L’exemple de Politico, un site Internet qui fait des profits grâce à… l’imprimé, en occupant parfaitement un créneau bien défini (http://www.vanityfair.com/politics/features/2009/08/wolff200908) montre bien que la fin du papier n’est pas pour demain. Mais la façon de faire l’info sur papier doit changer.
Là-dessus, ta remarque sur Rue Frontenac, où il ne manque « que » la structure de revenus minimise le problème du modèle d’affaires, vraiment pas simple à redéfinir. Une question, là-dessus, reste la capacité à générer une information qui a une véritable plus-value, dans un créneau bien défini. Les quotidiens généraux se retrouvent aux prises avec bien des questions, de ce côté
Je termine avec une nuance sur l’aspect blogueur-journaliste. C’est vrai qu’il n’y a pas nécessairement de différence entre les deux. Mais il peut y en avoir. On peut faire des blogues qui n’ont rien de journalistique, et on peut être un journaliste en écrivant strictement sur un blogue – ou strictement sur papier. Une question de distinctions contenant-contenu sur laquelle on fait beaucoup de mélange des genres, ces temps-ci.
Amen.
J’avais un commentaire trop long. J’ai pensé mettre tout ça chez nous sur mon bloye plutôt que de t’encombrer.
Super bon papier, vraiment… J’aime l’appel à la raison. Ou à la folie, selon le point de vue…
Et au « plus petit » certainement. Oui. Absolument. Des immenses infrastructures comme celles de la Presse, ça n’a plus lieu d’être. C’est justement au détriment de l’information parce que c’est de l’argent qui n’est pas mis sur le terrain… Par contre, mettre le paquet sur les journalistes et leur donner les outils pour enquêter longtemps et avec diligence, ça oui!
Il y a un beau parallèle à faire avec la production télé & cinéma… Chez nous, on dit « mettre l’argent à l’écran ».
Ping : Si la Presse n’existait pas… | Chroniques blondes
Dans la foulée de ce qu’écrivait Alex sur son blogue, je n’ai jamais autant lu les journalistes de ruefrontenac.com que depuis qu’ils n’écrivent plus dans le Journal de Montréal. Je lirais les journalistes de La Presse sur tous les supports où ils pourront écrire. Je ne me couche à peu près jamais sans avoir lu mon Devoir. Les pros de Radio-Canada, quelques-uns du côté de TVA, plusieurs pigistes et je ne parle pas de tous ceux qui oeuvrent en dehors du Québec ou pour quelques magazines ou périodiques (L’Agora, par exemple), bref, je suis de très près tout ce qui se passe du côté de l’information.
Cela dit, d’autres «pros» ont saisi le clavier et participent maintenant à enrichir ma vie par la diffusion de contenu. L’importance des journalistes n’est pas à remettre en question… mais le contexte médiatique sous lequel ils ont oeuvré jusqu’à maintenant est en train de disparaître avec le modèle d’affaires qui le soutenait.
Faut-il soutenir les journalistes le temps qu’il faut pour qu’ils retrouvent un contexte propice à l’exercice de leur profession? OUI.
Le blogueur que je suis n’a aucune gène à les appuyer qu’ils aient été sympathiques ou non à l’arrivée de tous ces gens qui ont décidé de relayer un bout de leur vie et de leur expertise (si petite soit-elle).
Si la vidéo du syndicat de La Presse est un coup d’épée dans l’eau, si l’envie de la voir circuler pour nommer leur panique dans ce qui leur arrive a pris le dessus sur le bon goût, il ne faut pas oublier que nous risquons tous d’être moins bien informés le 2 décembre au matin si les négociations n’accouchent pas d’un règlement un tant soit peu satisfaisant. S’il y a des journalistes nostalgiques d’un temps où la pub payait leur salaire et les profits des boss, il leur faudra ravaler leur fantasme d’une période de prolongation.
Restons calmes, nous n’en sommes pas encore rendus à la fusillade pour rester dans la métaphore du sport. Mais force est d’admettre que le temps joue contre eux… contre leur industrie de la «nouvelle».
Je suis prêt à poser tous les gestes de solidarité qu’il faut pour qu’ils puissent continuer d’exercer leur fonction dans notre société.
J’ose demander tout de même qu’ils considèrent les citoyens (blogueurs ou pas) comme des partenaires, non comme des faire-valoir!
Si le modèle de revenus n’est plus bon, je trouve ça assez perdant d’intervenir pour sauver le bateau qui coule. Je suis contre aussi l’aide gouvernementale à des industries d’une autre époque comme la foresterie et les pâtes et papiers. Une industrie qui avait comme premier client justement ce dont on parle ici.
Un produit nait parce qu’il convient au consommateur à l’époque où il est créé. C’est tout à fait normal que le temps soit venu de passer à autre chose. La nostalgie envers l’imprimé retarde la réinvention de l’industrie de l’information. Comme CFD dit, les énergies seraient mieux investies à regarder en avant et de cesser de regarder dans les rétroviseurs.
La Presse ira sûrement rejoindre le cimetière marin aux côtés des bateaux de l’ADISQ, de l’UDA… Et de bien d’autres choses encore… Pour le meilleur.
Je tiens à compléter : « …et pour le pire en ce qui concerne les artisans ». Je sympathise avec eux bien sûr : en règle générale, une période d’adaptation n’est jamais très douce à traverser.
Le débat est malheureusement émotif parce que ceux qui en parlent sont au coeur du débat, les « victimes ». Ils sont directement touchés et s’ils ne font rien, ils vont perdre leur job. Moi aussi, jme battrais!! (Mais je m’organiserais quelque chose « sul side » question de pas me retrouver le bec à l’eau!)
C’est vraiment de l’énergie mal investie.
J’ai lu une citation de Buffet hier: « Lorsque le bateau coule, l’énergie utilisée à en construire un nouveau est plus efficace que celle pour le réparer. »
(ou quelque chose comme ça! J’espère que j’ai pas fait de perronisme!!)
Je ne m’étendrai pas très longtemps, je veux simplement réagir au passage « autant de ressources pour produire ça? ».
C’est vrai qu’ils sont très nombreux à La Presse, mais je constate trop souvent que les gens qui n’oeuvrent pas dans les médias en général et dans un journal en particulier n’ont aucune idée de ce en quoi consiste vraiment notre métier. C’est vrai pour de multiples facettes de celui-ci dont, dans ce cas bien précis, l’ampleur de la tâche que représente la publication d’un journal comme La Presse à TOUS les jours.
Ce n’est pas un projet de trois mois pendant lesquels on ne travaille pour vrai que durant les deux dernières semaines. C’est un éternel recommencement, à TOUS les jours. C’est cliché comme expression, mais c’est un « mode de vie » qui influence un paquet de trucs dans une entreprise.
De créer un débat entre « blogueurs » et « journalistes », ce n’est pas plus intéressant. Ils n’y a pas de différence entre les deux quant à moi, c’est attirer l’attention sur un faux problème. Et même s’il y avait une différence, ils ont trop de choses en commun pour débattre au lieu de construire. Encore de l’énergie gaspillée. »
Il n’y a pas de différence entre les deux pour toi, mais pour eux, ne t’inquiète pas, il y a une différence. Comme je l’explique ici : http://www.tviste.qc.ca/2009/11/20/si-la-presse-nexi-on-sen-fout/ les journalistes de La Presse ont montré à plusieurs reprises qu’ils prennent les blogueurs pour des moins que rien. Alors offrir mon support à ce système destiné à l’échec, je ne vois pas pourquoi je le ferais, et surtout pas pour paraître positif et pour éviter le « mélange des genres » (qui est typiquement l’argument qu’on utilise pour dire que l’autre ne pense pas comme nous et que c’est nous qui avons raison).
Il y a toute une différence entre un blogueur et un journaliste. Le deuxième exerce une profession pour laquelle il a été formé et entrainé. Nombre d’entre eux exerceront ce métier pendant toute leur vie professionnelle.
Rien n’empêche un journaliste d’être aussi blogueur, mais l’inverse n’est pas vrai: on ne s’improvise pas journaliste.
Question d’éthique ?
Un blogueur ne vit généralement pas de son blogue. Il travaille pour une ou des entreprises et peut rapidement tomber en conflit d’intérêt. Il n’est pas libre (attention, risque de dérapage sur l’objectivité et la liberté des journalistes traditionnels) mais il peut cependant chroniquer sur toutes sortes de choses. Sauf ce qui peut mettre en péril… son travail.
L’idéal journalistique est bien cette recherche d’indépendance. Pas facile.
Je soutiens mes collègues de ruefrontenac, mais reste qu’ils publient (pour l’instant) dans un organe de presse virtuel financé par un syndicat. Un outil de pression. C’est délicat.
Alors ce modèle ? On l’attend toujours.
Non, 40 blogueurs ne remplaceront jamais une salle de presse efficace. Ce n’est tout simplement pas le même métier, pas même le même média.