63.

Mon père aurait 63 ans aujourd’hui. J’en parle rarement ici, peut-être par pudeur, pourtant son absence est plus que présente dans mon quotidien depuis presque deux ans. Parfois j’aimerais avoir la fluidité de M. pour parler de ces choses là. Je m’ennuie des conversations, des échanges. J’ai encore tellement de chemin à faire, tellement de chose à apprendre, mais mes parents m’ont appris, par chance, que j’étais capable par moi-même. C’est vrai, mais jamais sans l’aide des autres.

7 réflexions sur « 63. »

  1. Je suis croyant. J’aurais le goût de te partager une petite histoire que je me raconte parfois (c’est une adaptation personnelle d’un texte de Margaret Fishback Powers):
    « Une nuit, un homme fit un songe.
    Il rêva qu’il marchait sur la rive
    en compagnie de son père, décédé.
    À chaque scène, il remarquait
    une double trace de pas dans le sable,
    la sienne et celle de son père.

    Quand la dernière image s’effaça,
    il repensa aux traces de pas
    et s’aperçut qu’à diverses reprises,
    le long du sentier, il n’y avait
    qu’une empreinte de pas dans le sable.
    Il se rendit compte
    que cela correspondait
    aux moments les plus sombres
    et les plus tristes de sa vie.

    Il s’adressa à son père:
    «Papa, dit-il, tu m’avais laissé entendre
    que tu m’accompagnerais tout le long
    de ma route. Mais je constate qu’aux
    heures les plus pénibles de ma vie,
    je ne puis voir qu’une seule série
    d’empreintes sur le sable.
    Je ne comprends pas qu’au moment
    où j’avais le plus besoin de toi,
    tu m’aies délaissé.»

    Son père répondit: «Mon homme, je t’aime
    et je ne saurais t’abandonner. Aux jours d’épreuves et de souffrances, quand tu
    ne vois qu’une trace de pas, c’est qu’alors
    je te portais.»

  2. Cette journée « anniversaire » est toujours un peu étrange, parce que c’est un anniversaire dont on ne peut pas vraiment parler, comme ça, dans une discussion normale. On voudrait pouvoir dire « aujourd’hui ça fait deux ans que mon père, que ma mère, que mon ami… » mais on sait que les gens vont nous regarder avec un petit air désolé, sans trop savoir comment réagir, se demandant ce qu’on veut, ce qu’ils doivent nous donner, espérant que ce moment inconfortable soit très vite oublié, alors qu’on a tout simplement envie d’en parler, de rendre l’existence de cet être concrète à nouveau, si ce n’est que pour une journée.

    J’aimerais être croyante. Les réponses sont plus belles, plus aisées, parfois pleines de poésie et de souhaits si sincères qu’ils en ont la texture de réalités.

  3. (je vous adore!)

    Ceci dit, ça m’étonne toujours de réalisé que malgré le nombre de personnes mortes dans ce monde (parce que bien honnêtement le nombre de morts est encore supérieurs au nombre de vivants!), si peu de gens de mon entourage et, donc, de ma génération ont cette expérience. Effectivement, les gens ne savent pas trop comment réagir, c’est curieux.

    Je ne suis pas croyant au sens « religieux » du terme, mais je sais que les gens sont toujours vivants dans la tête de ceux qui y pensent (et tant que Google trouve plus de référence à lui qu’à moi). 😉

  4. Voici qu’il nous réconcilie (si besoin était) à la façon rassembleuse du paternel ! Voilà qui est sage (toujours vivant). Pour ce qui est de Google, méfie-toi un peu tout de même ! La véritable « trace » de ta signifiance sur notre belle terre est peut-être dans le coeur de tous les M, N, O, P (comme tu les surnommes, parfois), que tu chéries… et dans ce sens là, la comparaison est un peu futile… (si je peux me permettre !)

  5. Ne me demandez pas pourquoi toutes les filles mentionnées ici le sont sous forme d’initiale. C’est simplement pour être confondant, car de toute façon, il y a plusieur M., plusieurs C., etc… C’est une tradition.

  6. Intéressante tradition… Je ne sais pas pourquoi, ça me fait penser à mister Big dans Sex and the City! 😉

    J’ai lu quelque part (peut-être Cioran) que toutes nos vies étaient bâties autour de la négation de la mort, alors que c’est pourtant la seule chose dont nous soyons absolument certains dans nos petites existences. Moi depuis la mort de mes parents, je refuse de nier ce fait et j’en parle souvent, pas de façon morbide, juste de manière banale, du genre: « je voudrais m’acheter une maison bientôt parce que j’ai peut-être plus que la moitié de ma vie de faite », etc. Ça fait souvent peur aux gens, comme si j’allais m’attirer un quelconque malheur! J’ai envie de leur dire: « Mais vous savez bien que je vais mourir, et vous aussi! »

    Mais bon, tant qu’on meurt adorée, on aura vécu pour quelque chose! 😉

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